NCAA vs LHJMQ : le Québec perd ses étoiles… au nom du NIL

Depuis 2021, le système NIL (Name, Image and Likeness) a profondément transformé le recrutement sportif américain. Ce qui devait sécuriser les droits des athlètes est devenu un puissant levier pour attirer nos meilleurs talents, au détriment de la LHJMQ.

Aux États-Unis, les collectifs NIL — regroupements d’anciens élèves, de commanditaires ou de fans fortunés — offrent des contrats à cinq ou six chiffres aux jeunes recrues. Le tout est maquillé en « entente commerciale », mais tout le monde sait que c’est du recrutement déguisé.

Dans la LHJMQ, les joueurs reçoivent une allocation symbolique, l’hébergement, des repas, et la promesse d’une bourse post-carrière. Le développement sportif est de qualité, mais les incitatifs financiers sont dérisoires en comparaison.

Et depuis que la NCAA a décidé, en novembre 2024, d’autoriser les joueurs de la CHL à conserver leur admissibilité au niveau universitaire américain, le verrou a sauté. Les universités n’ont plus besoin d’attendre que les joueurs évitent la LHJMQ : elles peuvent désormais les recruter directement à même nos ligues, et leur offrir le “package complet” — diplôme, campus de rêve… et un chèque.

Nos espoirs québécois quittent le navire

Les exemples concrets se multiplient.

  • Benjamin Vigneault, des Remparts de Québec, a choisi Bemidji State pour la saison 2025–2026.
  • Justin Carbonneau, un des meilleurs 2006 de la province, est lié à plusieurs offres de la NCAA, dont Boston College.
  • Caleb Desnoyers, un autre attaquant d’impact, hésite entre Moncton (LHJMQ) et une offre universitaire aux États-Unis.

On parle ici de jeunes joueurs formés dans nos structures élites, dans nos arénas, par nos entraîneurs — qui vont ultimement se développer, se faire repêcher et jouer pro… sous un autre drapeau.

Chaque départ représente une perte économique, médiatique et identitaire pour le Québec et la LHJMQ. Moins de billets vendus, moins de visages locaux dans nos clubs juniors, et surtout, un sentiment croissant que le vrai hockey d’élite ne se passe plus ici.

Et si la solution était déjà chez nous?

Au lieu de tenter de copier le système américain, pourquoi ne pas investir dans notre propre solution?

Le circuit universitaire canadien — le U Sports hockey — existe déjà. Il regroupe des programmes compétitifs, dans des universités reconnues, avec des arénas, des entraîneurs de haut niveau et une structure scolaire solide. Le problème ? Il manque de visibilité, de financement, et de reconnaissance.

Dans un monde où les jeunes veulent jouer au hockey tout en poursuivant des études, le U Sports devrait être un pilier, pas une option de secours.

Imagine : un modèle où un joueur passe par le M18AAA ou le Junior AAA, entre à l’université à 18 ans, se développe dans un environnement professionnel tout en décrochant un diplôme — et peut toujours viser les ligues professionnelles ensuite. C’est exactement ce que la NCAA vend… sauf qu’ils nous volent nos joueurs pour le faire.

Repenser le modèle, sérieusement

Pour contrer l’effet NCAA, il faudra :

  • Créer un système NIL canadien ou des bourses bonifiées pour les joueurs juniors et universitaires.
  • Professionnaliser le hockey universitaire canadien : meilleures conditions, plus de visibilité, meilleurs partenariats.
  • Éduquer les familles et les jeunes sur les vraies options qui existent ici — sans devoir s’expatrier à 17 ans.

Conclusion

Ce n’est pas la faute des joueurs. Ils suivent les opportunités. Mais pendant que les universités américaines organisent leurs offensives marketing, la LHJMQ regarde partir ses joyaux… impuissante.

Et si on veut vraiment retenir nos talents, il est temps d’investir sérieusement dans notre propre pipeline éducatif-sportif, en misant sur le hockey universitaire canadien. Parce que le développement des joueurs, ça ne devrait pas se faire au détriment de l’éducation, mais avec elle.


Sources